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..:: Les championnats de France
Difficulté senior 2008 à Pau
Interview de la nouvelle championne de France de difficulté, Charlotte Durif
- Te voici avec un premier titre de championne de France senior en poche.
Quel est ton sentiment après cette victoire ?
Je suis chargée d’une émotion simple, mais peut-être plus encore, je suis très contente d’avoir
partagé cette réussite avec beaucoup d’amis du public. J’ai eu l’impression de boucler le cycle
d’une première histoire, dont l’origine est à mettre au crédit de José qui m’a permis de vivre
mon tout premier « Top des p’tits grimpeurs » en 2000, presque en ce même lieu, à Tarbes, et
l’issue de cette histoire est liée à Damien qui lui m’a accompagnée et mise en confiance en me
confrontant à une expérience internationale espoir dés 2004, puis senior en 2006.
Ce résultat me sert aussi de repère de progression dans ma saison. Il y a la vitrine du résultat,
elle me comble et elle me libèrera. Mais vu de l’intérieur, il y a aussi ma prestation,
entremêlée de quelques erreurs qui peuvent entamer ma capacité à rivaliser. J’ai donc des
repères qui me permettent d’espérer une bonne marge de manoeuvre.
- Comment t'es-tu préparée pour cette compétition ?
Cette victoire est une étape d’une préparation patiente et mesurée.
Je ne voulais pas d’une préparation décousue, faite d’à-coups violents et d’objectifs
surdimensionnés inopportuns. Coté falaise, je m’y suis prise dés les vacances de Noël. Un peu
de glaçon et des périodes de grimpe limitées permettent de bien vivre ce qui peut se prendre et
se mériter. J’ai retrouvé cette nuance d’appréciation en Turquie en février sous la neige, puis
je me suis gavée à Pâques en France où la rigueur du temps m’a conduite à me motiver.
La résine n’est pas en reste. Je la vis dans la seule perspective de la compétition. J’en ai une
approche méthodique et systématiquement très programmée, en relation avec une préparation
physique nuancée et progressive, orchestrée par un entraîneur de gymnastes. Son approche,
étrangère à l‘escalade, l’oblige à modéliser la nature de nos efforts et leurs usages dans nos
comportements de grimpe. Il me permet de cultiver des différences.
- Qu'as-tu pensé de cette compétition (voies, organisation, niveau des
concurrentes, ambiance générale) à Pau ?
Les voies ont été sur-classes, homogènes, offrant des principes gestuels bien techniques et très
variés. Au bilan de toutes mes compèts, je pense que cette « classe » d’ouverture est la
signature des ouvreurs de petites tailles, beaucoup plus techniques. Je comprends dans ces
voies, ce qui les investit dans la grimpe.
S’agissant de l’organisation et vu de mon coté du rideau, j’ai vécu un championnat de France
tiré à quatre épingles. Lorsqu’une organisation semble simple et fluide, c’est peut-être aussi
que la « classe » n’est pas loin. Il m’a aussi semblé qu’il y avait beaucoup de fourmis à
l’ouvrage, et dans cette expatriation du bout de l’hexagone, il y avait aussi un public d’une
densité pas croyable. Merci Pau.
Côté concurrence, il ne faut pas être naïf, personne n’est venu là pour enfiler des perles. Tout
le monde s’est employé à bien faire, comme d’habitude. Ce qui est novateur chez les féminines, est
la concurrence très pertinente de Vanessa et Cécile, dont les mérites ne manqueront pas
d’enrichir l’équipe féminine, qui se compte en international. Si les « France-bloc » ont
regroupé leurs meilleures adeptes, je regrette l’absence de Sandrine. « Trouve encore une
fois le courage patient de revenir ».
- On est à un mois de l'ouverture du circuit de la coupe du monde et tu vas
aussi défendre ton titre de championne d'Europe cet automne. Quels sont
précisément tes objectifs cette année sur le circuit international ?
A-t-on beaucoup de choix en se confrontant à la compèt internationale ?
J’ai remporté deux compèts senior internationales, l’Europe en 2006 et Serre Che en 2007. Si
ces victoires m’ont ravis bien plus que toutes les autres par les symboles qu’elles portent, il
reste que si elles avaient été une manche de coupe du monde, à chaque fois je n’aurais pas été
loin d’une « podiumable » au général. Alors une étape de WC est un symbole que je vise. Vu
la nature de mes erreurs aux « Frances-diff », je devrais pouvoir me bonifier pour approcher
cet objectif.
Par ailleurs, avec quatre titres mondiaux espoirs sur quatre, le chemin est bien engagé…
Quant à Bercy, je n’ai rien à défendre. Quelqu’un de très pertinent m’a rappelé que le titre est
déjà acquis, et bien acquis. Il reste qu’un championnat d’Europe, « en France », est un
challenge très symbolique aussi,…très, très symbolique.
Après, rien n’est écrit. C’est de la compèt. Plusieurs filles sont diversement très
expérimentées et le niveau s’est notablement généralisé à la hausse en 2007.
- Pourquoi ne pas avoir participé aux deux stages falaise de l'équipe de France
(Cuenca et El Chorro) ?
Précisément parce que c’est de la falaise. C’est un lieu de liberté et de créativité où s’exprime
une pluralité de styles. Le mien est « quand et où je veux, et surtout comme je veux, et plus
encore autant que je veux ». Ces jours de liberté me sont comptés. Etant soumise aux
impératifs de mes études, j’essaie d’optimiser ma disponibilité, donc mes vacances, au
bénéfice de la falaise.
Sur la forme, mon entraînement sur le caillou se conjugue avec le « à vue ». Il est mon moteur
de motivation depuis des années.
Sur le fond de mon entraînement, j’ai ma propre programmation annuelle et cela fait des
années aussi que j’enrichis méthodiquement mon cycle de progression. Je cale donc mes
objectifs de falaise en harmonie avec mes paliers de compétences. Il en découle l’expérience
qu’est la mienne, faite de souvenirs qui me restent et me portent.
Toutes approches compétitives en interférence avec mes congés coûtent trop cher à ma
passion. Ma sensibilité pour la falaise n’est ni évaluable, ni compétitive, ni négociable. Elle
est totalement et simplement passionnée. Si un jour ma disponibilité me permet de me
disperser plus, alors je profiterai de tout.
- Que fais-tu cet été ? As-tu des projets en falaise ? De voyage ?
En juillet, quelques nouveaux spots pour moi, français et espagnols, suggérés par de bons
copains.
En août, j’espère rejoindre Sylvain Millet en Australie sur quinze jours / trois semaines, pour
engranger quelques expériences motivées dans l’hémisphère sud, un peu avant le
Championnat du Monde Espoir de Sydney. Quelques p’tites croix aborigènes avec l’un des
« modèles » de la falaise me seraient très sympathiques, en compensation de Roc-Trips ou
d’un détour par Madagascar dont la WC me privera.
Interview du nouveau champion de France de difficulté, Fabien Dugit
- C'est le premier titre de champion de France que tu décroches, tes premières impressions?
Heureux! C'est la récompense de beaucoup de travail. Mais j'avais déjà connu ces impressions il y a un an avec le titre de champion de France de bloc!
- Qu'as tu pensé de cette édition 2008 (ouverture, ambiance, etc...)?
En tant que compétiteur j'ai trouvé cette édition très bien. Beau mur, belles voies, bonne ambiance avec un public nombreux, les horaires on été tenu. A refaire.
- Tu ne t'es pas vraiment préparé pour cette compétition, tu rentrais tout juste de 2 mois de trips aux States avec au programme, grandes voies, fissures, etc... mais pas tellement de résine. Comment expliques-tu ta performance ce we?
En effet, je n'ai pas touché de la résine pendant plus de 2 mois. Et aux States je n'ai fait que de la fissure, un exercice qui n'a rien à voir avec la compète. Malgré tout ça reste de l'escalade. J'explique ma victoire par ma motivation. Je savais que j'étais loin d'avoir le niveau physique que j'avais avant de partir. Mais en escalade on peut jouer sur d'autres points. Sur cette compète, j'ai essayé d'y aller avec le moins de pression possible et surtout une envie de gagner indestructible. Ça a marcher, j'ai super bien grimper et je pense que je n'aurai pas pu faire mieux. Jusqu'à présent c'était difficile pour moi de grimper de cette manière, d'aller au bout avec une seul pensé en tête, grimper jusqu'en haut. Je pense aussi avoir acquis cet état d'esprit en faisant justement de la fissure et des grandes voies en terrain d'aventure, parce que la bas il fallait avancer sans ce poser trop de questions...
- Est-ce que ce résultat te met en confiance pour la suite de la saison, et te permet de peut-être revoir tes objectifs à la hausse?
En effet ce résultat me met en confiance pour le reste de la saison, en plus je vais reprendre l'entraînement, je devrai donc encore progresser!
Mes objectifs ne sont pas remis à la hausse, j'étais venu pour gagner, donc je garde les mêmes objectifs que prévu pour la suite des évènements.
- Quel est ton programme dans les semaines à venir?
Cette semaine je vais me reposer, aller au stage équipe de France de diff à Aix en provence ce week-end, ensuite j'ouvre les France UNSS à Albertville tout en reprenant l'entraînement mais cette fois ci en bloc!
Jour des qualifs: du haut niveau, du spectacle, et un public nombreux...
Arrivée samedi matin, 9h00, nous découvrons le mur de Pau, flambant neuf... A l'intérieur du gymnase, la décoration est au rendez-vous, ainsi qu'une installation son & lumière à la hauteur de l'événement, mené par le maître de la discipline, j'ai nommé Simon Gerland.
11h, les compétiteurs commencent à user leurs chaussons sur les premières voies de qualifs. Le niveau proposé par les ouvreurs: 6c et 7b+/7c pour les qualifs femmes, 7b et 7c+/8a pour les hommes. Les voies sont plutôt longues, avec une lecture pas toujours facile, et particulièrement technique pour les femmes qui ont à faire dans quelques dalles... Pour les hommes, pas de chichis, les 2eme voies de qualifs sont dans les gros dévers, rési, et à bras, avec des sections dures entrecoupées de quelques repos. Pour le coup, la 2eme voie du 1er groupe masculin ne verra aucun grimpeur au top, et pourtant le niveau était bien là, avec Mickael Fuselier, Fabien Comina ou encore Thomas Ballet qui chutent sur le dernier mouvement, et qui terminent donc 1er ex-aequo à l'issu de ce tour de qualif. Dans le groupe 2, on pourra compter entre autre sur Manu Romain, Flav Guerimand et Rémi Bergasse qui randonnent leurs 2 voies de qualifs. On les retrouvera donc demain en demie-finale.
Chez les femmes, le niveau est également très relevé, avec la présence de la championne de France en titre, Caroline Ciavaldini, mais aussi celle de Charlotte Durif, qui compte bien tirer son épingle du jeu sur cette édition 2008...
Pas de grosses surprises chez les femmes, à noter tout de même que les jeunes seront de la partie en demie-finale, avec entre autre 3 cadettes, Anouk Evene, Julie Michelard (team PG), et Cindy Sararak (team PG) qui se paye même le luxe de terminer 5ème, ex-aequo avec Marine Thévenet.
Dimanche, des demies énormes, des finales magiques...
Du jamais vu depuis que Planetgrimpe suit le circuit des championnats de France... En plus d'une organisation au top, le public était largement au rendez-vous, pour un spectacle digne de ce nom. Vous l'aurez compris, ces championnats de France 2008 n'étaient à rater sous aucun prétexte!
Comme promis après le tour de qualification, les 26 meilleurs grimpeuses et grimpeurs de l'hexagone étaient au départ de ces voies de demies finales, 7c+ pour les femmes,et un bon 8a+ pour les hommes, le tout à-vue bien entendu!
Chez les femmes, Charlotte Durif impressionne, et ne voit pas la difficulté dans sa voie. Elle sera accompagnée pas Caro Ciavaldini, qui sort également sa voie, à l'aise. Autant vous dire que les finales promettent d'être très serrées entre ces 2 grimpeuses de très très haut niveau. Juste derrière, ça bataille dur, et le niveau reste très relevé, avec notamment Vanessa Taylor, Florence Pinet, Cécile Avezou (qui n'en finit plus d'épater depuis son retour en compétition, aussi bien en bloc, qu'en difficulté...), ou encore 2 jeunes juniors, Marine Thévenet et Mélissa Le Neve, qui décrochent leur billet pour les finales!
Nous ne pouvions pas résumer ces demies finales sans vous toucher un mot de la jeune cadette première année, Cindy Sararak (team PG), qui participait donc pour la première fois aux championnats de France Senior, et qui n'a pas déméritée en terminant 9ème (à une prise de la qualif pour les finales!). Une espoir très prometteuse, que l'on attend d'ores et déjà sur les prochaines compétitions espoirs. Parions qu'avec un peu plus d'expérience, elle saura également défendre sa place chez les plus grands... A suivre!
Du côté des Hommes, la voie de demie pose beaucoup plus de problèmes, avec des sections dures, qui en laissent plus d'un sur le carreau. A la moitié des demies, on dénombre pas mal d'ex-aequos sur l'un des passages clé de la voie. Les derniers compétiteurs sauront se sortir de ce problème, et chuteront en fin de voie sur un dernier problème, loin d'être évident! A ce petit jeu là, le marseillais Aurélien Culver sera le premier à faire trembler les dernières prises de la voie. Il sera suivi par les favoris de l'épreuve, qui lâcheront prise dans la même section de la voie (à 2-3 mouv' de la fin). Comme chez les femmes, un jeune junior viendra jouer les troubles fêtes : Thomas Ballet (team PG) impressionne par sa progression fulgurante cette année, en mettant tous les autres espoirs derrière lui, et en décrochant sa place pour la finale, ex-aequo avec le minéralien Flav' Guerimand.
16h pétante, place aux finales, avec des grimpeurs prêts à en découdre, devant une salle pleine à craquer de spéctateurs, chauffés par l'éternel et désormais incontournable speaker, Christopher.
Nouveau réglement oblige, chaque concurrent aura 8 minutes pour venir à bout de sa voie. Au programme, des voies longues et rési, où il ne faudra pas traîner pour avoir une chance d'atteidre le Top.
Chez les femmes, le départ est très technique, posant de nombreuses difficultés... Voie de finale oblige, après une première montée longue et périlleuse, une redescente fait rage avant d'attaquer le dernier toit. Sur cette redescente, Cécile Avezou se voit gênée par la corde et aura donc droit à une 2ème chance. Même combat pour Vanessa Taylor, qui elle sera victime de ce petit incident dans le début de la voie, et qui pourra également revenir user ses chaussons dans la voie pour un 2ème essai. Du côté des favorites, on retrouve une Charlotte Durif changée, notamment dans son style de grimpe, beaucoup plus fluide et rythmé, ce qui la propulse à la première place provisoire en chutant à quelques mouvements de la fin, un peu précipitée par le temps. Juste derrière elle, Caroline Ciavaldini réalise la même performance, et sera donc contrainte d'affronter Charlotte dans une ultime voie en super finale. Après ces 2 belles performances, Vanessa et Cécile réalisent leur 2ème essai, et terminent respectivement 3ème et 4ème, ce qui les place dans le peloton de tête des grimpeuses de diff cette année.
Quelques minutes plus tard, Caroline et Charlotte s'élancent dans la voie des hommes, quelque peu modifiée. A ce petit jeu la, Charlotte s'impose par son nouveau style, et nous démontre que ses performances en compétitions sont à la hauteur de son niveau en falaise, en remportant son premier titre de championne de France. Elle succède donc à Caroline Ciavaldini, qui lui laisse le titre, après l'avoir conservéé durant 4 années consécutives.
En parallèle, les hommes sont également gâtés par les ouvreurs avec un départ technique et physique qui mettait tout de suite dans l'ambiance, suivi d'une section bloc et intense, pour venir se détendre sur quelques meilleures prises avant d'attaquer la dernière ligne droite qui menait au succès, sur un plan vertical accompagné de petites croutes à serrer ...
Côté sportif, Fab Comina y laisse des plumes en zippant très bas dans sa finale. Manu Romain, Thomas Ballet, Aurélien Culver et Flav Guerimand restent coincés sur la première section de bloc, et se départagent sur quelques mouvements. Romain Desgranges sera le premier à franchir la section et à se retrouver dans le haut de la voie, avant de chuter sur les petites règles de fin. C'est ensuite au tour de Fabien Dugit de venir jouer dans le haut de la voie, et de devancer Romain de plusieurs mouvs'. Enfin, dernier grimpeur à s'élancer, Mike Fuselier, devance également Romain (alias Moctar), sans pour autant venir déranger Fab Dugit (tout juste rentré de 2 mois de trip aux States avec Sylvain Millet(récit de voyage à venir sur Planetgrimpe), ce qui ne l'a pas spécialement préparé pour ces championnats de France, comme quoi on pourra compter sur lui cette année! ) qui s'adjuge le titre 2008 de la difficulté.
Encore un grand merci à toute l'équipe d'organisation, tous les bénévoles et le club Pyrenea qui nous aura proposé une édition 2008 de très haut vol!
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